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Fête du Sacré Coeur de Jésus

Fête du Sacré Coeur de Jésus

LE COEUR DU CHRIST, LIEU DE TENDRESSE.

Maurice ZUNDEL.

 

Le Christianisme s’est répandu dans le monde non pas comme une doctrine, mais comme une Personne.

Les mots n’existent pas pour traduire le Mystère du Christ. On ne peut pas comprendre comment les apôtres ont pu reconnaître le Christ, sans doute parce qu’ils étaient intérieurs à la Personne du Maître, parce que leur être en eux était emporté par la violence de l’Amour du Christ, qu’ils ont pu vivre cette amitié du Christ.

Le Christ est l’Ami de chacun, qui se meurt d’amour pour chacun. Toute la vie du chrétien est dans le Christ Jésus, ce mot revient chez Saint Paul jusqu’à l54 fois. « Que tous soient un, disait Jésus, comme le Père et moi sommes uns. » C’est avec cette intimité que le Christ veut nous être présent: présent dans l’unité de notre amour, comme la respiration de notre prière. Si donc toute la vie du chrétien est dans la vie de Jésus, il importe que le chrétien connaisse Jésus.

Qui est Jésus ? Emmanuel = Dieu avec nous. Mais comment Dieu se révèle-t-il à nous dans l’humanité de Jésus? C’est en regardant l’humanité de Jésus que nous entrons dans l’intimité du Dieu qui se révèle. Il nous faut pour cela un regard tout neuf. Presque toujours, nous sommes allés à Jésus à travers une idée toute faite de Sa Divinité, nous avons revêtu le Christ de toutes nos idées et nous avons vu dans Sa Passion des idées toutes faites, en sorte que l’humanité de Jésus est devenue tout simplement quelque chose d’artificiel, comme si ce n’était pas l’humanité la plus humaine. Regardons l’humanité de Jésus dans toute sa spontanéité, toute sa jeunesse et toute sa joie.

Un des mots qui résume toute la carrière de Jésus, c’est l’action de grâce, jusqu’en face de la Passion. Or le merci est dans un être humain ce qui traduit le mieux toute la délicatesse de son coeur lié à la délicatesse de Dieu.

Regardons avec des yeux tout neufs la tendresse de Jésus à la table de la Cène. L’heure de sa mort est toute proche, car il sait très bien ce que sera cette soirée, car précisément Il est en train de donner à ses disciples le mémorial qui sera jusqu’à la fin des siècles. Tandis que son regard embrasse tous les temps, comme sa mort répand sur tous les siècles le pardon de Dieu, il voit ce jeune disciple qui est Jean, qu’il connaît de toute sa tendresse. Il sent son angoisse avec le coeur de l’amitié. Il l’attire tout près de son coeur et le laisse reposer dans sa tendresse.

A un moment où tous les siècles sont devant lui, où Il est à quelques heures de son agonie, qu’il ait pu s’oublier encore, donner son coeur comme le refuge de son angoisse, rien ne nous introduit davantage dans la tendresse de son humanité.

Déjà l’épisode de Lazare nous avait appris combien Il s’émeut devant la détresse de l’humanité. Il était venu et Marie, celle qui n’est jamais lassée d’écouter sa parole, ne peut pas se consoler. Le Martre l’appelle, elle se rend au tombeau, mais peut-on espérer contre l’évidence de la mort. Il y a quatre jours qu’il est dans le tombeau. On roule la pierre et les larmes de Jésus se mettent à jaillir. Tout ce mystère de la mort qui a frappé son ami lui fait mal. Personne ne sait mieux que Lui, que la mort est le fruit de tous les refus d’amour. Personne n’a porté cette détresse comme le Christ Jésus devant le cadavre d’un être aimé. Voici que le Christ pleure comme ceux qui ont perdu un être bien-aimé. Il est tout neuf dans la douleur, tout neuf dans l’amitié. C’était la dixième heure. Il sentait qu’il n’avait pas d’ami plus cher que Lazare.

Le voici en Galilée près du Thabor, un cortège funèbre passe. C’est l’unique fils d’une veuve que l’on conduit en terre. Il sait bien ce qu’est une mère, Il ne peut pas résister à la douleur de cette mère. « Jeune homme, lève-toi » et Il le rend à sa mère.

Il n’est pas jusqu’à la colère de Jésus qui peut nous introduire dans les secrets les plus merveilleux de son humanité. Jésus est arrivé sur l’esplanade du Temple, il a pénétré sur le parvis. Il le trouve envahi de vendeurs, de bétail, et pourtant c’est le Temple de Dieu.

Essayons de nous représenter ce que c’est pour Jésus que cette boucherie du Temple. Songez que le Christ avec la Samaritaine lui avait appris que Dieu est Esprit. Personne mieux que Lui ne sait que Dieu est un Dieu intérieur, que son sanctuaire est l’âme humaine, qu’il est impossible de la connaître sans se donner à Lui.

C’est par miséricorde infinie qu’il les supporte mais, quand ce n’est plus de l’adoration qui est à la base de leur intention, quand elle est tout à fait absente, cela devient insensé. Devant toutes ces clameurs, ces bruits, ces intérêts humains qui accaparent les parvis du Temple de Dieu, comme si Dieu était blasphémé, comme si on voulait le réduire à une idole, Il ne peut plus supporter cette insulte au Visage de Dieu, cette défiguration à l’intégrité de Dieu. Il renverse les tables des vendeurs qui, devant cette sainte indignation, laissent tous leurs intérêts et leurs cris.

C’est donc ce sentiment d’adoration, de respect, de culte intérieur qui s’exprime dans le coeur du Christ par cette indignation: elle est la révélation vivante de l’obéissance qu’il vécut jusqu’à la mort.

Il se nourrit de la Volonté du Père et c’est pour accomplir cette Volonté qu’Il a tout quitté. Quand ses parents se plaignent de ce qu’Il leur inflige cette blessure: « Ne savez-vous pas, dit-il, que je dois m’occuper des affaires de mon Père? »

C’est pour cela qu’il a laissé sa Mère aux soins du disciple qu’Il aimait, et pourtant combien il doit l’aimer: c’est le seul être au monde qui Le comprenne et qui Lui soit complètement consacré. C’est donc précisément ce qu’Il devait donner parce que c’est ce qu’Il avait de plus cher. Nous retrouvons cette immense tendresse qu’Il avait pour elle sur la Croix: il avait encore la force de penser à elle, de la confier à son disciple, à son ami, à celui qu’il avait tenu sur son coeur, afin qu’il prenne soin d’elle, qu’il devienne pour elle un fils.

Nous ne connaîtrons pas l’humanité de Jésus-Christ, nous ne Le sentirons pas si proche de nous tant que nous n’aurons pas connu sa faiblesse et sa solitude. Jésus est un juif. Il aime son peuple. Il n’est pas interdit de penser qu’il ait espéré rallier son peuple à sa cause. Il a voulu tenter cette oeuvre désespérée, rallier Israël à son oeuvre universelle pour que les juifs deviennent les messagers de la Bonne Nouvelle. « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la Maison d’Israël. » Il y a dans cette parole une immense tendresse, il y a aussi peut-être une immense fidélité de Dieu à ses promesses, Israël devenant le missionnaire de Dieu parmi les peuples. Il dut apprendre chaque jour combien cette entreprise était désespérée, réaliser dans son coeur de chair ce refus toujours obstiné de son peuple, ce peuple que Dieu appelait sa fiancée, vers lequel Dieu avait crié sa tendresse infinie. Jésus savait qu’il n’y avait maintenant plus rien à faire, plus rien à espérer.

Jésus est au seuil de l’Agonie. Il sait que ses amis le laisseront seul. C’est alors que sa solitude sera tellement profonde qu’il s’enfuira vers ses disciples chercher de la tendresse et une présence, mais ce sera en vain qu’Il aura supplié Dieu que ce calice s’éloigne de Lui, sa prière retombera sur Lui sans être exaucée. Et quand il demandera aux disciples ce que personne ne peut refuser, Il les trouvera endormis et tout finira dans ce grand cri qui nous paraîtra toujours incompréhensible. C’est là que la Croix nous semblera la plus proche: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »

Ce n’est pas Lui qui nous dira que la Croix est une source de joie et de mérite. Au contraire, ce fut une si effrayante solitude qu’il n’a pu retenir ce cri d’angoisse: « Mon Dieu, mon Dieu… »

Nous savons maintenant que nous trouverons dans son coeur un refuge, que Lui nous comprendra toujours au plus profond de notre désespoir. « C’est lui qui a appris, dit l’Epître aux Hébreux, l’obéissance par les choses qu’il a souffertes. » C’est là qu’il est notre Frère, le premier né entre une multitude de frères, c’est ainsi que Jésus dans sa faiblesse nous apparaît comme notre Frère aîné. Quel bonheur d’avoir un Frère aîné, c’est-à-dire quelqu’un qui est plus fort que nous, qui a plus d’expérience que nous, à qui l’on peut tout confier de ses soucis et sur lequel on peut se reposer, sûr d’être compris et d’être aimé, et ce frère aîné, c’est notre Seigneur et notre Dieu.

Gardons dans notre coeur ce contact avec l’humanité toute neuve et toute spontanée de notre cher Seigneur. Gardons cette certitude qu’Il est notre Frère aîné et allons à Lui avec toute notre confiance, toute notre amitié, toute notre dignité mais surtout toute notre capacité d’aimer.

Il porte en Lui notre fardeau, Il nous demande de le Lui donner, d’être intérieur à Son Coeur afin qu’il puisse vivre notre vie, lui communiquer toute Sa Joie.

Le psalmiste a chanté ce cri de confiance humaine: « Jusque dans les pires angoisses, le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien. » Quand même je marcherais dans le vallée de l’ombre de la mort, tu seras avec moi, ô Toi Seigneur, qui est mon Ami, mon Seigneur, mon Frère aîné.

Notes d’une retraite prêchée par Maurice ZUNDEL à MORGES,) Suisse - Vendredi 28.10.l938

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