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Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (Fête-Dieu)

Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (Fête-Dieu)

EUCHARISTIE ET FRATERNITE.

Maurice Zundel.

Si nous nous interrogeons sur ce que nous faisons ici, sur le sens de cette assemblée, nous pouvons faire une réponse immédiatement: nous venons prendre ici la mesure de l’homme, la mesure de l’homme, qui est la Vie de Dieu.

C’est une des choses les plus extraordinaires que le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ est un Dieu qui donne Sa Vie pour l’humanité, qui estime par conséquent la vie de l’homme au prix de sa propre vie: l’homme égale Dieu. C’est la vision que Dieu a de l’homme en Jésus-Christ: l’homme égale Dieu et, pour atteindre cette vie de l’homme, il n’y a pas d’autre possibilité, pour récupérer cette vie d’homme, pour faire contrepoids à tout ce qui l’handicape, il n’y a pas d’autre moyen que ce don incroyable, infini, qui est la Vie de Dieu.

Il est impossible de mettre la vie humaine plus haut, plus haut que la Croix qui en est la mesure, plus haut que la Vie de Dieu qui fait contrepoids à toutes nos ténèbres et à tous nos refus.

Si cela était vrai et si nous le prenions au sérieux, si nous croyions vraiment que la vie de l’homme a pour rançon la Vie de Dieu, que la Vie de Dieu est vraiment la mesure de la vie de l’homme, nous comprendrions immédiatement pourquoi le Christ nous renvoie constamment à l’homme, pourquoi la suprême consigne est d’aimer l’homme et non pas Dieu, pourquoi le critère même de la fidélité évangélique, c’est d’aimer l’homme et que, sans cet amour de l’homme, l’amour de Dieu est pure hypocrisie.

Nous comprendrions pourquoi la dernière leçon de Jésus, et peut-être la suprême révélation avant la Croix est l’agenouillement de Jésus lui-même devant l’homme et nous comprendrions finalement que l’Eucharistie signifie premièrement et avant tout la communion humaine, la communion des hommes les uns avec les autres, l’identification de chacun avec tous et de tous avec chacun pour constituer ce monde nouveau qui doit jaillir même du Coeur du Christ mourant, qui est la nouvelle humanité, qui est l’Eglise, qui est le corps mystique de Jésus et de nouveau, dans cette image du corps mystique, nous avons l’affirmation de la solidarité indissoluble entre le Christ, tête de l’humanité, et cette humanité elle-même qui constitue son Corps dans l’unité d’une seule personne.

On comprend dès lors pourquoi Jésus pousse l’identification jusqu’au Jugement Dernier: « J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais en prison, j’étais en haillons, j’étais infirme: c’était moi en chacun, c’était moi. Ce que vous avez fait à chacun, c’est à moi que vous l’avez fait. » Et voilà le Jugement Dernier: votre attitude envers l’homme, c’est elle qui décide de tout.

L’Eucharistie, c’est donc l’affirmation conforme à la suprême consigne, conforme au Lavement des pieds, conforme au Jugement Dernier, c’est l’affirmation et c’est la réalisation, ou du moins ce serait la réalisation si nous vivions l’Eucharistie, si nous vivions la liturgie, si nous vivions la Messe, ce serait la réalisation de cette unité entre l’humanité et Jésus-Christ.

« Vous ne pourrez venir à moi qu’ensemble, vous ne pourrez venir à moi que si vous constituez d’abord ensemble le corps mystique, c’est en état de corps mystique que vous serez en prise sur moi qui suis la tête de ce corps immense qui va du commencement du monde jusqu’à la fin et embrasse tout l’espace, qui est universel et qui est mon corps. »

« Ceci est mon corps » est dit sur le corps mystique dont les espèces sont le symbole et le sacrement et c’est pour atteindre ce corps mystique rassemblé que Jésus demeure dans ce banquet de la communion humaine, demeure à jamais, ne pouvant être rencontré précisément que dans le corps mystique, pour le corps mystique et dans cet appel seul efficace qui jaillit du corps mystique vers son chef et vers sa tête.

Vivre la liturgie, ce serait donc se retremper aux sources de l’humanité révélée par Jésus Christ, accomplie par Jésus Christ, renouvelée par Jésus Christ, identifiée avec Jésus Christ pour former avec lui un univers absolument nouveau dans lequel circule la Vie Divine afin que toute l’humanité et tout l’univers deviennent. vraiment la respiration de Dieu.

Si nous vivions la liturgie dans cette lumière, nous en ressortirions chargés de toute l’humanité, c’est-à-dire avec la volonté de prendre en charge toute l’humanité, nous sentant responsables de tous et de chacun et d’abord naturellement du premier que les circonstances mettent sur notre route et d’abord de ceux qui nous sont joints immédiatement dans la famille, dans le travail, dans la maison, dans le voisinage, dans le quartier, tous ceux que nous croisons dans l’existence quotidienne et qui doivent rencontrer en nous précisément cette révélation de leur dimension humaine, ou plutôt de leur dimension divine telle que Jésus Christ la révèle parce que justement il s’est donné lui-même en rançon et qu’il a estimé la vie humaine au prix de la Vie Divine.

C’est donc cela, cette identification de l’humanité et de Jésus-Christ de Dieu et de l’homme, et tout l’Evangile, toute la foi évangélique puisque c’est par là que nous atteignons au centre de l’Incarnation. C’est toute la morale évangélique, puisque toute la morale évangélique consiste en la charité, c’est toute une vision du monde absolument nouvelle puisqu’elle établit nos relations avec Dieu sur un plan de pure charité qui n’est d’ailleurs efficace et qui n’est authentique que dans la vérité de nos relations avec l’homme.

Communier à Dieu, communier à l’homme, c’est donc une seule et même chose et si l’homme de la rue qui ne sait rien de rien de ce que signifie Dieu entrait ici, il faudrait si nous vivions en vision la messe, qu’il sente en entrant qu’il se passe un événement colossal, un événement unique, une action qui embrasse vraiment tout l’univers et qui récapitule toute l’Histoire, il faudrait qu’il sente une telle charge d’humanité qu’il en soit pénétré jusqu’au fond de son être et qu’il rencontre à travers nous le Visage de Dieu, qu’il Le respire en nous et que, sans que nous ayons besoin de rien dire, il s’en aille ayant rencontré, vraiment rencontré, le Seigneur.

C’est dans cette perspective que nous allons poursuivre cette liturgie, en récapitulant toute l’Histoire, en rassemblant autour de nos têtes des générations jusqu’à l’origine et jusqu’à la fin, en revoyant tous nos bien-aimés au-delà du voile qui sont en Dieu et en nous, en rassemblant tous les hommes nos contemporains, en nous rendant présents à tous leurs malheurs, à toutes leurs catastrophes, à tous leurs désastres, à toutes leurs maladies, à toutes leurs captivités, à toutes leurs guerres, à toutes leurs défaillances, à toutes leurs fautes pour que personne ne soit en dehors et que vraiment, comme les grains de blé constituent un seul pain et les grains de raisin un seul vin, nous soyons maintenant un seul corps, que nous formions ensemble le Corps de Jésus en appel vers son chef, vers sa tête. Il va venir précisément parce que nous ne sommes pas là en notre nom propre, en notre nom singulier et individuel mais au nom de toute l’humanité à laquelle nous communions dans la mesure même où nous communions à Jésus-Christ qui s’est identifié avec cette humanité et qui dit « je » et « moi » en chacun de nous.

 

Maurice Zundel, Genève dimanche 6 février 1966

Tag(s) : #FP Français

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