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Fête de la Sainte Trinité.

Fête de la Sainte Trinité.

LA TRINITE, MYSTERE DE LA PAUVRETE DE DIEU.

 

Maurice Zundel.

 

Une petite fille qui avait été au catéchisme et qui l’avait suivi assidûment, essayait de se représenter Dieu. On lui avait dit que Dieu est tout-puissant, qu’il peut faire tout ce qu’il veut, que rien ne lui résiste, qu’il est riche de tous les biens, qu’il est tellement heureux que tous nos malheurs ne peuvent l’atteindre, comme aucune de nos joies ne peut l’enrichir et que cela est ainsi depuis toujours, éternellement. Dieu est comblé, saturé de biens, débordant de richesses et doué d’une irrésistible puissance. Et la petite fille se disait: « Il en a de la chance, le bon Dieu! Parce qu’enfin, il ne l’a pas mérité, cela a toujours été ainsi. Au fond, ce n’est pas juste. Cela devrait être chacun à son tour d’être Dieu! » Et elle attendait tranquillement son tour d’être Dieu. 

Il y a quelque chose d’émouvant et d’admirable dans la réflexion de cette enfant qui rejoint l’objection de Nietzsche : « S’il y avait des dieux, comment supporterais-je de n’être pas Dieu ? » A cette objection redoutable, il n’y a qu’une réponse, c’est celle qui fut donnée à saint François d’Assise. François, le fils du marchand, François, destiné par son père au négoce, François, riche, comblé par son père qui lui laisse la bride sur le cou, François, qui rêve d’autre chose, François, nourri des romans de chevalerie et qui ne pense qu’à la gloire des champs de bataille, François, homme de guerre tout au début de sa carrière, lors d’une petite guerre entre Pérouse et Assise. Mais François nourrit une ambition plus grande: il veut faire la grande guerre dans le sud de l’Italie. Et il s’en va, magnifiquement équipé, quand il est arrêté par une voix qui lui dit intérieurement : « Lequel vaut mieux, servir le maître ou le serviteur? » Et il comprend qu’il va faire ses armes, qu’il deviendra chevalier sous les ordres d’un capitaine qui est lui-même sous les ordres d’un prince. Il ne sera que le domestique d’un domestique! C’est trop peu pour lui! Il rebrousse chemin et il attend son destin. Il sait qu’un jour le monde sera rempli de sa gloire et qu’il épousera la plus belle princesse qui se puisse jamais avoir. Et il attend.

La maladie le fait réfléchir, le baiser au lépreux lui fait rencontrer l’intimité du Christ Jésus, la voix du crucifix de saint Damien lui enjoint de reconstruire sa maison et, enfin, il entendra dans l’évangile de saint Mathieu l’appel décisif. Il va rencontrer enfin la princesse à laquelle il s’est promis: Dame Pauvreté!

C’est Dame Pauvreté qu’il va chanter sur toutes les routes de la terre, elle est son unique trésor, son seul héritage. Cette dame, passionnément aimée et défendue, sous l’image de laquelle il se représente Dieu, c’est cela l’immense aventure, la plus grande de l’histoire chrétienne. François l’a compris le premier. Il a vécu avec une intensité brûlante cette identification de Dieu avec la pauvreté. « Bienheureux ceux qui ont une âme de pauvre », dit Jésus en tête des Béatitudes. C’est la première Béatitude, parce que c’est la Béatitude de Dieu. Dieu est pauvre, dit François, et le petit pauvre se tient devant le grand pauvre. Et, par-là, François, le chantre de la pauvreté, nous donne la clef de ce mystère insondable et merveilleux, qui est le mystère de la Sainte Trinité. La très sainte Trinité, que l’on présente comme un rébus indéchiffrable, la Sainte Trinité sur laquelle tant de théologiens ont exercé leur admirable subtilité ! Mais jamais ils n’ont été au cœur de cette vie débordante, parce qu’ils n’ont pas compris que la clef de la Trinité, c’est la pauvreté.

Trinité cela veut dire que Dieu, s’il est unique, n’est pas solitaire. Dieu n’est pas quelqu’un qui tourne autour de soi, qui se regarde, qui se repaît de lui-même, qui se loue et s’adore et nous demande de le louer et de l’adorer, dans une demande égocentrique et possessive. Non, la vie de Dieu est une vie trinitaire: autrement dit, Dieu n’a prise sur son être et sur son acte qu’en le communiquant. Dieu ne se regarde pas. En Dieu, la connaissance, c’est le regard: c’est l’élan du Père vers le Fils, et le regard et l’élan du Fils vers le Père. La connaissance est un échange, un don consubstantiel, un don total, car ce qui constitue le Père, c’est uniquement cet élan, ce regard vers le Fils. Il n’a rien d’autre que d’être tout donné à ce Fils, qui n’a rien d’autre que d’être donné à ce père et ensemble, ils ne possèdent pas l’amour, ils le donnent, ils le communiquent dans une aspiration vivante vers le Saint-Esprit, qui est, une respiration vivante vers le Père et le Fils. En sorte qu’en Dieu, tout est éternellement donné, communiqué, dépouillé dans une pauvreté tellement absolue, qu’il faut dire que Dieu n’a rien, qu’il ne peut rien avoir, qu’il ne peut rien posséder, que la divinité n’est à personne, car elle n’est au Père que dans son élan vers le Fils et au Fils dans son élan vers le Père, et à l’Esprit saint dans cette respiration d’amour vers le Père et le Fils.

D’ailleurs, cela, nous pouvons le comprendre immédiatement par une expérience quotidienne, celle de cette trinité humaine, la famille, qui est la plus belle image de la trinité divine. Dans une famille, il y a au moins trois personnes: le père, la mère et l’enfant. Et ces trois personnes vivent de la même vie, de la même joie, du même bonheur, du même amour et leur harmonie est faite uniquement de ce regard de l’un vers les deux autres.

Quand l’homme regarde sa femme et pense à elle en s’oubliant lui-même, quand la femme regarde son mari et pense à lui en s’oubliant elle-même et que l’enfant regarde son père et sa mère en s’oubliant lui-même, c’est le bonheur. La vie circule, la vie jaillit, la vie se communique, l’harmonie est parfaite. Mais nous le sentons immédiatement, ce bonheur n’est à personne. Le père ne peut pas dire, c’est moi, c’est à moi, c’est pour moi: il le détruirait immédiatement. Il en serait de même si la mère se le voulait approprier et si l’enfant prétendait en avoir le monopole. C’est un bien qui ne peut exister qu’à l’état de communication, à l’état de dépouillement, à l’état de don.

Ainsi Dieu, non pas un Dieu solitaire, mais un Dieu dont toute la vie est un pur jaillissement d’amour sans aucun retour sur soi possible. Nous, nous pouvons toujours défaire l’union, rompre une harmonie, nous séparer les uns des autres. En Dieu, il n’y a pas d’adhérence à soi, parce qu’en Dieu, le moi est tout élan, toute communication, tout altruisme, tout don, toute communion, tout amour. En lui, se réalise ce pressentiment de Rimbaud: ‘‘Je est un autre’’. ‘‘Je’’ est un autre, c’est pourquoi il faut dire, avec François d’Assise ou plutôt à travers lui qui n’a rien dit mais qui a tout vécu, il faut dire: « Dieu est Dieu parce qu’il n’a rien » Il est tout en être, tout en valeur, parce qu’il n’a rien, parce qu’il ne peut rien avoir, parce qu’il ne peut rien posséder, parce qu’il a tout perdu éternellement, parce qu’il est le dépouillement subsistant, infini, personnifié, éternel.

Nous avons appris au catéchisme que la Trinité est un mystère, un mystère impénétrable et on nous a raconté cette fausse histoire d’Augustin se promenant sur la plage et voyant un petit enfant qui veut mettre la mer dans son coquillage. Ce n’est pas vrai!  Ce n’est pas vrai!  Si Jésus nous a parlé de la Trinité, ce n’est pas pour confondre notre intelligence, c’est pour la délivrer.

Le mystère, le mystère chrétien, ce n’est pas une chose obscure. C’est une chose éblouissante de lumière. C’est une lumière qu’on ne peut pas exprimer et qu’on ne peut pas épuiser. C’est tout le contraire d’un écran, d’une limite, d’un mur contre lequel on vient buter ! C’est tout l’espace qui s’ouvre; et on pourra s’avancer éternellement, éternellement, éternellement... Et ce sera toujours, toujours, toujours nouveau. On ne l’épuisera jamais!

Si Jésus donc nous a introduits dans ce secret, c’est parce que ce secret est la liberté (la libération) de notre intelligence et de notre cœur. Car il faut l’avouer, tant qu’on se trouve devant le Dieu solitaire du Judaïsme ou de l’Islam, on est écrasé.  Comment?  Comment? Dieu est Celui qui tourne autour de Lui-même?  Il est solitaire, Il se célèbre, Il se regarde, Il s’admire, Il s’aime, et II nous demande de Le célébrer, de L’aimer?  C’est asphyxiant, c’est étouffant...

Et on comprend la petite fille la petite égyptienne âgée de neuf ans qui, ayant entendu raconter que Dieu était la Cause Première, que tout vient de Lui, que tout retourne à Lui, qu’il ne fait rien que pour Lui, qu’il a tout, qu’on ne peut rien Lui enlever, qu’ Il est infiniment heureux, qu’il est indifférent au malheur et au bonheur parce que Sa joie est complète en Lui-même, se disait: "Il en a de la chance. Ça Lui est venu comme ça, tout seul? Tout seul. Il n’a rien fait pour être Dieu, ça lui a été donné depuis toujours.  Comme c’est curieux, comme c’est curieux... Tout de même, Il en a de la chance.  Pourquoi est-ce Lui et pas nous?  Pourquoi est-ce Lui et pas nous? Au fond, ce n’est pas juste. Ce devrait être le tour de chacun et de tout le monde!" Et elle attendait, dans sa petite tête, elle attendait son tour d’être Dieu.

Comme Nietzsche le philosophe allemand disait: "S’il y a des dieux, comment supporterais-je de n’être pas dieu?"

Justement, parce que la petite fille, comme ses catéchistes, comme Nietzsche, ils construisaient tous Dieu en hauteur dans la ligne de la pyramide. Ils voyaient Dieu tout là-haut, tout là-haut, tout là-haut, comme le rouleau compresseur qui nous écrase de Sa Puissance et de Sa Majesté.

Ils ne savaient pas que Dieu est Celui qui est à genoux au Lavement des pieds. Et justement, la Trinité, la Trinité, la Trinité nous ouvre le Coeur de Dieu: La Trinité nous apprend que Dieu n’est pas solitaire. Il est unique, mais pas solitaire - unique, mais non solitaire, que justement, ce n’est pas quelqu’un qui se regarde, qui s’admire, qui se célèbre, qui s’encense et qui s’aime, parce qu’en Lui, toute la vie jaillit, jaillit, jaillit comme une communication qui va du Père au Fils, du Fils au Père, dans l’Unité du Saint-Esprit, qu’il y a en Dieu l’Autre, qu’en Lui, justement, "Je est un Autre", qu’en Lui la vie, c’est "Tu es Moi"... "Tu es Moi"... le Père le disant au Fils, le Fils au Père, le Père et le Fils au Saint Esprit, le Saint Esprit au Fils et au Père. » 

 

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